1 – Généralités sur le déclin de l’Occident
Raymond Schaack et Robert SIMONNET – (site internet OCTAMUS.fr) (PH1)
En ce samedi 31 juillet 2021, entrant avec un peu de retard dans l’église de Gasperich pour la messe du soir, j’eus un choc. Sans vouloir être prétentieux, je dirais que pour moi, il fut comparable à celui de Saint Paul sur la route de Damas ou à celui de Paul Claudel à Notre-Dame de Paris.
En effet, en voyant que toute l’assistance se réduisait à neuf personnes, et que je serais donc le dixième larron à assister à la célébration, je conçus en un éclair que j’étais observateur aussi bien qu’acteur d’une cérémonie essentielle pour une civilisation Gréco-latine en train de disparaître, et en l’occurrence la culture judéo-chrétienne, née sur les cendres de l’empire romain d’Occident et de l’Antiquité classique. Quelques jours plus tard, après m’être renseigné auprès d’amis catholiques, pratiquants comme moi, je reçus confirmation de cette situation. Même à la campagne, où la religion semblait ancrée plus profondément, c’est le désert. Ainsi, au cours de ma seule vie, j’ai assisté (sans m’en rendre compte) à un chamboulement qui avait essentiellement commencé avec la fin de la Première Guerre mondiale, mais qui avait déboulé en force sur l’Occident après la Seconde.
Il est évident que le domaine religieux n’est pas le seul à s’être peu à peu émietté pour finalement partir en charpie. L’économie bat de l’aile. Les forces militaires claudiquent. L’art sous toutes ses formes recule devant la laideur. Mais plus grave encore, les relations interhumaines, dont essentiellement la morale, n’ont pas été épargnées par ce virus mortel..
Comme l’écrivait déjà au début du siècle dernier Charles Péguy, véritable aventurier du monde moderne : « contre l’homme qui a cette audace d’avoir femme et enfant, contre l’homme qui ose fonder une famille ». Alors que quelques années plus tard, certains philosophes présentaient la guerre des sexes comme l’aboutissement de la lutte des classes, la femme tenant le rôle du prolétaire exposé et le mari celui du capitalisme exploiteur, pour conclure à la nécessaire abolition de la monogamie et de la famille patriarcale. Aujourd’hui, après un long combat au cours duquel le « pater familias» a été chargé de tous les péchés de la modernité, en utilisant des abus présentés comme des généralités pour dresser le procès du modèle familial traditionnel.
La manœuvre a fonctionné, non seulement la famille a été fragilisée par la banalisation du divorce et du concubinage, mais à certitude, biblique, de la complémentarité originelle et naturelle de l’homme et de la femme, a succédé la conviction d’honneur irrémédiable opposition. L’idéal du couple uni pour la vie par un amour durable séduit encore, mais il paraît de plus en plus illusoire et archaïque quand prévaut la culture du provisoire, du zapping, et celle aussi de l’indétermination
Tous les signes concourent pour indiquer que l’occident est entré en déclin aussi bien économiquement, militairement, moralement, que même artistiquement. Au lieu d’unir leurs forces, les Occidentaux rivalisent entre eux, au lieu de se concentrer sur des problèmes essentiels, ils s’amusent bien trop souvent avec toutes sortes d’enfantillages ridicules et superfétatoires.
2 – le déclin religieux de l’Occident
Raymond Schaack et Robert SIMONNET – (site internet OCTAMUS.fr) (PH2)
«La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.»
Il ne faut jamais oublier que notre société européenne s’est fondée à partir d’une civilisation gréco-latine, qui lui donne l’ensemble des traits caractérisant l’état d’une société donnée, du point de vue technique, intellectuel, politique, sans porter de jugement de valeur et qui sont les caractéristiques d’une société dite évoluée. Cette civilisation, doublée d’une culture judéo-chrétienne, qui est impossible sans racines, représente la somme des connaissances qui élève l’homme moralement mais aussi intellectuellement.
L’universalisme chrétien a permis d’ériger la femme au rang d’égale de l’homme.
Certaines personnes, gauchistes, ont mis en accusation la culture occidentale en prétendant que l’on ne pouvait pas qualifier de fait divers, par exemple le meurtre de deux femmes par des arabes, en prétendant que cet acte était un fait systémique, c’est-à-dire un fait que notre société engendre. Ce serait donc notre culture judéo-chrétienne qui l’engendrerait avec ses valeurs, son éducation, celle qu’on donne a nos enfants qui dans un continuum de violences seraient à l’origine de ce drame.
Ce que démontre cette stupide et grotesque critique, c’est que la culture judéo-chrétienne imprègne tellement peu notre société qu’on peut proférer à son sujet des énormités sans fondement, de plus, ce qui distingue la culture occidentale, même appauvrie dans ses avatars télévisuels, c’est la culpabilité quant à sa propre histoire.
Nous sommes la seule civilisation qui se flagelle en permanence. Et pourtant nous sommes la civilisation qui a produit l’égalité entre les hommes et les femmes grâce à l’universalisme chrétien qui a permis d’ériger la femme d’égale de l’homme.
Le rôle de la Vierge Marie a-t-il un équivalent dans l’histoire religieuse ? Y a-t-il une autre civilisation que la civilisation judéo-chrétienne qui ait accroché une telle vénération ?
N’en déplaise au relativistes, toutes les civilisations ne se valent pas du point de vue de l’égalité des sexes. La mixité des sexes est un produit du monde chrétien.
Ces subtilités historiques échappent à des militants pour qui la cause des femmes n’est que le paravent d’une haine de l’Occident.
Nous sommes partis d’une expérience concrète, la désertification de nos églises, signe extérieur d’une crise fondamentale de la religion chrétienne qui avait marqué et imposé ses lois à l’Occident pendant près de deux millénaires. Aujourd’hui encore les manuels d’histoire et de fort nombreux documents écrits parlent de la « civilisation judéo-chrétienne » et de son influence capitale sinon primordiale sur les affaires du vieux continent. Si aujourd’hui cette domination a volé en éclats, il est évident que cela ne s’est pas produit du jour au lendemain, mais que c’est le résultat d’une lente décomposition dont je situerais les débuts dans le concile Vatican I, avorté par la chute des États papaux et la prise de Rome par les troupes piémontaises. Les réformes qui auraient dû y être décidées, furent reportées bien trop longtemps. Il est vrai que Vatican II était censé faire cet aggiornamento tant attendu, mais là encore la mort prématurée du pape Jean XXIII, homme énergique, réaliste, et ouvert au monde, freina l’élan pris à son initiative. Son successeur, Paul VI, homme cultivé et intelligent, mais au caractère hésitant, n’eut pas la poigne nécessaire pour continuer des réformes dont surtout la Curie aurait eu besoin. Bien pire, cet homme pieux, mais peu réaliste, défendit à outrance une politique nataliste dépassée, et entra dans l’histoire comme « Pape de la pilule », aliénant à l’Église des dizaines de milliers de jeunes qu’une politique moins rigide eût gardés en son sein. Cette véritable cassure priva définitivement l’Église de la jeunesse, c’est-à-dire des troupes dont elle aurait eu besoin pour garantir son avenir. Le très bref règne de Jean-Paul Ier ne put évidemment pas apporter les réformes attendues, mais la mort subite du pape donna lieu à des spéculations sans doute fantaisistes, mais qui ont nui à toute l’Église. Le règne de Jean-Paul II se divise en deux périodes bien distinctes. Des débuts prometteurs et quelques années d’ouverture furent cassés net par l’attentat qui faillit coûter la vie au Souverain pontife et qui en firent un vieillard valétudinaire, surtout au cours des dernières années de sa vie où le pourrissement par la tête, c’est-à-dire la Curie, continua de plus belle. Cette situation empira tellement qu’elle finit par la démission et la retraite volontaire de son successeur Benoît XVI. L’occupant actuel du Saint-Siège, malgré sa bonne volonté manifeste et ses gestes personnels plus qu’appréciables, n’a pas réussi à ce jour à imposer quelque réforme fondamentale. Une situation analogue se vérifie pour la vaste majorité des diocèses, où, au lieu de réformes, ce sont les scandales qui se suivent. Chez nous, une séparation de l’Église et de l’État bâclée n’a point apporté non plus de solution aux vrais problèmes qui continuent d’être ignorés souverainement alors qu’on se perd dans des comptes et décomptes d’épicier et qu’on mène un vain combat d’arrière-garde contre la désacralisation d’églises vides dont on ne peut même plus garantir l’entretien.
Ainsi il n’est donc pas étonnant que nous assistions à une véritable hémorragie de fidèles. En France, soi-disant « fille aînée de l’Église », les catholiques ne représentent plus qu’une minorité depuis bien longtemps déjà. La séparation de l’Église et de l’État est une réalité depuis plus de cent ans. Mais pour le moment, certaines hautes instances de l’État s’engagent dans une voie s’éloignant de la neutralité officiellement requise, pour poser des actes hostiles à la religion chrétienne.
C’est en Allemagne qu’on peut le plus facilement se procurer des chiffres précis puisqu’il y existe le système de l’impôt en faveur des Églises perçu par l’État. Ces derniers temps, c’est l’archevêché de Cologne qui tient un triste record de désertions qui s’explique assez facilement à travers la personne de l’archevêque lui-même. Cet homme fermé aux idées modernes, buté, a délibérément ignoré les signes du temps, s’est égoïstement cramponné à son poste sans égard pour le bien de l’Église. Or, malheureusement il n’est pas le seul à adopter pareille attitude. Trop de hauts dignitaires ont une mentalité de fonctionnaire, se croient au moins aussi infaillibles que le pape, vivent dans un luxe peu compatible avec la doctrine du Christ.
Est-ce que l’horizon de l’Église et du christianisme est donc définitivement sombre et bouché ? Peut-être reste-t-il quelque espoir puisque sur d’autres continents (Afrique, Amérique latine) la situation est meilleure. Mais d’une part, ce sont surtout les sectes qui y progressent, et d’autre part, cela n’améliore en rien la situation des Églises d’Occident.. Aujourd’hui le succès des pèlerinages de Chartres à la Pentecôte par la fraternité Saint-Pierre et la fraternité Saint Pie X est un signe de renouveau de la foi dans une France pourtant très déchristianisée. En outre, les pèlerins sont de plus en plus nombreux à fréquenter les pèlerinages des pères de famille, à commencer par celui de Cotiignac, ou les papas marchent en petits groupes dans les sentiers d’une Provence qui ressemble encore à celle de Marcel Pagnol. Pourtant, peut-on imaginer un pèlerinage moins en phase avec notre époque? Au début du siècle dernier Charles Péguy considérait le père de famille comme un véritable aventurier du monde moderne ou tout est organisé, écrivait-il, « contre l’homme qui a cette audace, d’avoir femme et enfant, contre l’homme qui ose fonder une famille ». Ce Thème fait florès aujourd’hui avec la domination du féminisme au sein des milieux politiques, médiatiques et culturels.
3 – le déclin économique de l’Occident
Raymond Schaack et Robert SIMONNET – (site internet OCTAMUS.fr) (PH3)
N’étant pas économiste de formation, je n’oserais point me lancer dans une analyse savante de ce genre de problèmes. Cependant, il me sera permis d’évoquer le 19e siècle où un pays européen, la Grande-Bretagne, avait été le premier sur notre planète à avoir réalisé une révolution industrielle qui en avait fait la plus grande puissance marchande jamais connue. Bientôt les autres pays européens lui avaient emboîté le pas, et jusqu’au fin fonds du dernier bled on connaissait et appréciait les marchandises importées d’Europe. Qu’en reste-t-il ?
En tant que consommateur lambda, je me rappelle d’une part la situation économique existant durant mon enfance et ma jeunesse, et je la compare à la réalité actuelle. Mon enfance tomba en pleine période de guerre où les tickets de rationnement régentaient la vie quotidienne et où toute une gamme de produits (p.ex. les fruits exotiques, le chocolat, même le chewing-gum) étaient introuvables et donc inconnus des jeunes. Pensez que pour pouvoir acheter un tube de dentifrice, il fallait remettre au vendeur l’ancien tube vide. Pourquoi ? Mais il était en métal, et ceux-là étaient rares. Il fallait les récupérer pour l’industrie de l’armement. Beaucoup de choses n’existaient même pas encore. Imaginez un monde sans plastique, sans télévision, sans électronique, une pharmacopée sans antibiotiques, une absence chez nous de grands magasins, des rues et routes quasiment sans voitures puisque l’essence était réservée à l’armée allemande.
Depuis lors, on a vu déferler une incroyable marée de marchandises sur un marché en expansion constante où le monde entier rivalise pour vendre ses produits. Dès le début de l’ère industrielle, la concurrence avait joué de façon parfois peu élégante. Voilà pourquoi les Anglais avaient inventé le fameux label « Made in Great-Brittan » pour se démarquer des produits de moindre qualité fabriqués au début en Allemagne. Mais bientôt les Allemands améliorèrent la qualité des leurs de façon à ce que le « Made in Germany » détrôna son concurrent et devint LA marque de qualité par excellence. Dans ma jeunesse on s’y référait constamment. Un autre pays encore avait à l’époque une réputation irréprochable sur le marché, c’était la Suisse.
Mais ce règne incontesté des produits européens n’allait pas durer. L’Asie forgeait ses armes.
Au début, lorsque les Japonais envahirent les marchés européens avec leurs appareils photographiques, ceux-ci étaient synonymes de camelote. Rapidement la situation changea, et le Japon fut le premier pays extra-européen à s’établir fermement sur nos marchés, provoquant par ricochet la fermeture d’usines européennes. Aujourd’hui, c’est essentiellement sur le marché automobile et électronique que cette concurrence est sérieuse.
Les Japonais ne devaient pas rester longtemps les seuls envahisseurs. Aujourd’hui des secteurs entiers du marché sont entre des mains non-européennes, après avoir provoqué la faillite de pas mal d’usines du vieux continent. Ainsi, du domaine des produits textiles qui fut frappé le premier, suivi évidemment par tout ce qui touche à l’électronique et les plastiques. Finalement c’est un truisme que de parler de la domination des produits chinois dans une foule, sinon une majorité de domaines. Prix imbattables grâce à une main d’œuvre inépuisable et corvéable à merci.
4 – le déclin artistique de l’Occident
Raymond Schaack et Robert SIMONNET – (site internet OCTAMUS.fr) (PH4)
S’il existe un domaine où l’esprit peut, et devrait donc régner en maître, c’est l’art. Vaste domaine englobant les beaux-arts (peinture, sculpture), l’architecture, la musique, la littérature, auxquels sont venus s’ajouter les arts visuels (cinéma, télévision), et tout récemment les formes artistiques dépendant de l’électronique.
Dès ses débuts, l’art a connu deux tendances fondamentales. D’une part, les artistes ont essayé d’imiter au mieux la réalité. D’autre part, ils ont voulu transcender cette réalité, et pour cela ils l’ont simplifiée ou même déformée volontairement. C’est ainsi que dans les merveilleuses fresques pariétales des grottes préhistoriques certains animaux sont représentés de façon tout à fait réaliste à côté d’autres où l’artiste a insisté sur tel élément en le grossissant ou le déformant. Il en va de même des statuettes où cependant les déformations délibérées sont plus nombreuses. Parfois, comme pour telle tête d’idole cyclique, on pourra même parler d’art abstrait au sens premier du mot.
Pendant des siècles, l’art occidental a produit presque exclusivement des œuvres qui essayaient de rendre la réalité des choses, même si là encore, on n’aura pas de reproduction photographique, mais une vision personnelle de l’artiste. Ainsi les Kouros et Korê grecs archaïques se différencient nettement de ceux de la Grèce hellénistique, et pourtant, toutes ces statues sont censées représenter, et représentent de façon réaliste, c’est-à-dire sans déformations voulues, une même réalité.
Il est amusant de remarquer que l’art cinématographique procède de la même façon. Ainsi, depuis les débuts, on a tourné des films « historiques » où l’on voyait défiler des légionnaires romains. Les régisseurs de l’époque investissaient souvent des sommes importantes dans les costumes et croyaient sincèrement présenter aux spectateurs d’authentiques soldats romains. Pourtant, si vous regardez un de ces films datant des années vingt ou trente, si vous regardez ensuite un film « historique » analogue des années soixante, si enfin vous regarder ce genre de film récent ou actuel, vous verrez trois, quatre genres de légionnaires différents, et vous pourrez facilement les ranger selon leur date de production. Voilà, je crois le meilleur exemple de la subjectivité historique de l’art « réaliste ».
Il fallut attendre la fin du 19e et le début du 20e siècle pour voir abandonnée cette vision par l’art occidental. Pour maints artistes, tout avait été peint, sculpté, écrit, joué, et il fallait impérativement rénover ou mieux même, remettre les horloges à zéro et recommencer pour tout changer.
C’est ainsi que naquirent d’abord la peinture et la sculpture abstraites. Mais cela ne suffit plus, et on inventa ce qu’on appelle des « installations » faites de bric et de broc arrangé de façon à former une œuvre d’art. La littérature abandonna la rime pour le vers libre, un vocabulaire jusque-là méprisé pour sa soi-disant vulgarité y fit son entrée, les genres classiques furent chamboulés au point de devenir méconnaissables. La musique se débarrassa du carcan de la gamme classique, introduisit le dodécaphonisme, puis finit par jeter par-dessus bord toutes les règles pour produire des sons inouïs au sens premier du terme, et finalement inadaptés à l’oreille humaine normale. Grâce aux nouveaux matériaux, l’architecture osa des constructions époustouflantes, issues des rêves ou des délires les plus fous.
En théorie, toutes ces innovations auraient pu être positives, puisqu’elles ouvraient à l’art des horizons nouveaux et inédits. Malheureusement l’Occident en a abusé et acclame de nos jours absolument tout et n’importe quoi. La décadence du goût est telle, que des « œuvres » sans réelle valeur artistique sont non seulement portées aux nues, mais se vendent à des prix faramineux. Quelques tubes de néon arrangés d’une façon plus ou moins aléatoire sont déclarés chefs d’œuvre. Des graffiti, nés en quelques minutes d’un cerveau obnubilé par les drogues, sont censés avoir la même valeur qu’un Léonard ou un Vermeer, et se vendent effectivement à des prix analogues. Un déballage de quelques vieux chiffons et morceaux de bois accompagnés de débris et détritus divers sont déclarés empreints d’une philosophie aussi merveilleusement profonde qu’une œuvre de Platon ou de Kant. Un petit rusé a enfermé dans des boîtes en fer-blanc une série de ses étrons. Il a réussi à les vendre tout comme celui qui vendait de « l’air de Paris » en boîte. Arrangez un attirail de médicaments, flacons, tubes, boîtes de pilules sur un petit étalage, déclarez que c’est une œuvre d’art, et à condition que votre nom soit connu dans les milieux ad hoc, vous réussirez à en tirer quelques dizaines de milliers d’Euros. Prenez quelques ballons, nouez-les pour en faire un chien. Si vous les vendez à la Schuebermëss, vous en recevrez quelques maigres Euros. Prenez ce même chien, mais faites-le exécuter en plusieurs exemplaires dans quelque métal brillant, appelez-vous Koons, et vous les vendrez pour des dizaines de milliers d’Euros. Le clou de ce genre d’«art» fut un tableau qui s’est autodétruit quelques jours après sa vente, et qui malgré cela continue de garder sa valeur.
Collectionneur de masques africains, j’observe régulièrement un autre genre de snobisme caractéristique de la décadence occidentale dans le domaine de l’art. Certains de ces masques sont en effet vendus à des prix faramineux (jusqu’à 7,5 millions d’Euros !!!). Leur facture est bonne, mais le nom de l’artiste est inconnu, leur ancienneté est respectable, mais non sensationnelle puisque le climat africain détruit rapidement tout objet en bois. Pourquoi alors ce prix ? Mais parce que l’objet a été en possession de tel collectionneur célèbre et de préférence, fortuné. C’est là la différence essentielle d’avec les masques que j’achète pour quelques centaines d’Euros.
Pour ce qui est de l’architecture, même si de grands bâtiments, des tours époustouflantes ou des villas extrêmement sophistiquées continuent d’être construits, la décadence se voit dans les centaines, les milliers de boîtes à cigares, de clapiers exigus et sans charme qui représentent la réalité architecturale au quotidien. Non plus « home, sweet home », mais machines à habiter qui se rapprochent de plus en plus des tubes à dormir individuels qu’on trouve dans des hôtels bon marché au Japon et qui me rappellent mon passage dans un des premiers appareils Scanner en forme de tube fermé.
J’avoue que ce genre d’habitation n’est pas ce qu’il y a de pire sur notre planète, mais comparées aux trop rares spécimens du 19e siècle conservés dans notre pays, elles laissent rêveur (le rêve devenant vite cauchemar).
Depuis la fin du Moyen-Âge, la musique occidentale s’était développée de façon spectaculaire. Les instruments existants furent perfectionnés, de nouveaux instruments apparurent, le nombre de musiciens dans l’orchestre augmenta, les genres et les partitions se diversifièrent. Pour maints amateurs et maints spécialistes, c’est au 18e siècle que l’apogée fut atteinte. Pourtant le 19e apporta encore une foule de formidables créateurs et une expansion de l’un et l’autre genre (opéra, symphonie…). Le 20e siècle amena aussi des audaces intéressantes, des assemblages de sons nouveaux et inédits. Une comparaison entre le Deuxième Concerto pour Piano de Rachmaninov et le Sacre du Printemps de Stravinski, écrits au même moment, permet de se rendre compte de cette nouvelle approche.
Les Dodécaphonistes allaient tellement loin dans la nouveauté qu’ils risquaient le rejet systématique de leur musique par des oreilles offusquées. Pourtant, on ne s’arrêta pas là. Des sons et des combinaisons de sonorités littéralement inouïes, des « instruments » délibérément démolis (cf. pianos préparés) ou jamais encore employés, étaient censés combler les mélomanes. Mais en détruisant systématiquement l’harmonie, en abolissant la logique interne d’un mouvement, on dégoûta la vaste majorité des auditeurs. Trop de dissonances leur déchiraient les oreilles. Dans le domaine musical aussi, on voulait se profiler par tous les moyens, remplacer la musique par toutes sortes de bruits et de bruitages. Finalement ces expériences sans queue ni tête étaient un signe de décadence, et contrairement à ce qui s’était produit pour la peinture ou la sculpture, le grand public ne suivit pas.
Mais ce qui se passa pour la musique dite classique se répéta pour la musique populaire. Les chansons et chansonnettes d’autrefois étaient peut-être naïves, d’un romantisme fait pour plaire à Margot, mais tout le monde pouvait les chanter à son tour. Pensons une fois de plus à la Schuebermëss où la Seckbach et son mari incitaient les passants à chanter avec eux dans le seul but de pouvoir leur vendre les textes de ces chansonnettes. Chaque pays avait ses chants folkloriques typiques. Au Luxembourg, l’instituteur eschois Mathias Thill en a publié un vaste recueil de 660 pages, « Singendes Volk ». Les mélodies et les paroles étaient simples, d’aucuns diront simplistes, mais à la portée de tous.
Qu’en est-il de ce genre de musique dite populaire ? Elle a tout simplement disparu. Elle fut remplacée par des chansons dont les interprètes assez récents qui restent partiellement connus : Brassens, Ferré, Ferrat, Dalida, Nana Mouskouri… ou, plus anciens : Bourvil, Maurice Chevalier, Joséphine Baker…, chantant en français. Elles sont remplacées aujourd’hui majoritairement par des hurlements en anglais, presque toujours incompréhensibles et accompagnés d’un bruitage tonitruant, martelant invariablement et à l’infini un rythme binaire primitif : Boum-da, Boum-da…
Même au risque de me voir contredire violemment par des jeunes, je prétends que voilà une musique décadente, d’un primitivisme à pleurer.
L’art strictement visuel, c’est-à-dire le cinéma et la télévision, sont récents, et surtout le cinéma fut, à ses débuts, considéré comme un art mineur, sinon même décadent. Or, s’il est une forme artistique qui n’a cessé de produire, à côté de nombreuses horreurs et nullités, des œuvres remarquables, c’est bien lui. Là, je ne parlerai donc point de décadence généralisée, même si les navets continuent d’être fabriqués à la pelle.
Quant à la télévision, à côté des nombreuses chaînes exclusivement vouées au porno, et dont il ne vaut même pas la peine de parler, il y en a encore pas mal dont le niveau vole au ras des pâquerettes et même plus bas. Mais heureusement que d’autres chaînes (Arte, Histoire, Ushuaia, etc.) sont là pour sauver ce média du marasme total.
Quant aux très récents media tributaires de l’électronique, je remarquerai qu’on y avait mis d’énormes espoirs qui ont été grandement déçus. L’ordinateur fut au début un outil de travail d’une efficacité inédite et sensationnelle. D’innombrables domaines et professions en profitèrent pleinement. Mais malheureusement, où il existe une grande lumière, existent aussi des ténèbres sans fond. Nous allons en reparler en évoquant la déliquescence des relations interhumaines.
En ce qui concerne enfin la littérature, pas mal des changements dont nous avons parlé l’ont libérée d’un carcan souvent bien trop étroit. Un air nouveau, revigorant a permis l’éclosion de « dix mille fleurs ». Mais malheureusement ici aussi un snobisme de mauvais aloi, qui a voulu se distinguer à tout prix, a produit des œuvres chaotiques se servant d’un charabia soi-disant sublime, mais incompréhensible à des cerveaux normaux. Ainsi, un mouvement comme « Le Nouveau Roman » a fait long feu parce que les ouvrages qui s’en réclamaient étaient d’un ennui mortel. Les innombrables imitateurs d’un Mallarmé, qui essaient même de dépasser le maître en ignorant toutes les règles grammaticales, écrivent pour un cercle excessivement restreint qui se prévaut lui-même de son élitisme, mais qu’on pourrait tout aussi bien qualifier de « décadentisme »
Depuis la fin du Moyen-Âge, la musique occidentale s’était développée de façon spectaculaire. Les instruments existants furent perfectionnés, de nouveaux instruments apparurent, le nombre de musiciens dans l’orchestre augmenta, les genres et les partitions se diversifièrent. Pour maints amateurs et maints spécialistes, c’est au 18e siècle que l’apogée fut atteinte. Pourtant le 19e apporta encore une foule de formidables créateurs et une expansion de l’un et l’autre genre (opéra, symphonie…). Le 20e siècle amena aussi des audaces intéressantes, des assemblages de sons nouveaux et inédits. Une comparaison entre le Deuxième Concerto pour Piano de Rachmaninov et le Sacre du Printemps de Stravinsky, écrits au même moment, permet de se rendre compte de cette nouvelle approche.
La guerre des genres musicaux
Le mélange des genres musicaux est spécifique à une époque. Le rap débarqué sur les rives françaises avec un phrasé des ghettos noirs d’Amérique. C’était la seule musique intensive, les autres respectent les standards de la variété française qui était très conformiste. Les Anglais habitués à la scène musicale en étaient restés à la pop et au rock. À ceci, il vous faut ajouter que le rap encanaille les classes populaires. Le rap est devenu en 40 ans un phénomène mondial.
La dé- hiérarchisation à laquelle le rap participe signifie la fin des références partagées autour d’une religion, d’une morale républicaine, l’histoire nationale, de l’idée de la culture et de la science, considérées comme première à cette époque.
D’autres parts le rock ‘n’ roll a constitué la jeunesse en une catégorie sociale transnationale est capable d’échapper aux traditions. Le rock à incarné une libération générale des mœurs est offert à l’individu émancipé une irrésistible explosion sensorielle. 30 ans plus tard le rap chante les déclassés d’une société pour la mobilité sociale est en panne, et laisse fleurir le rejet de tous les principes de la démocratie représentative. Dans le rap, s’incarne la voie nouvelle de l’individu démocratique conscient de ses droits subjectifs, et plein de sa souffrance non reconnue.
Le mouvement black Power adapte vite la norme de l’hyper-masculinité, dirigée contre les femmes et les Blancs à cause d’infériorité les hommes noirs.
Aujourd’hui le rap s’adoucit tout comme l’artiste contemporain.
5 – le déclin militaire de l’Occident
Raymond Schaack et Robert SIMONNET – (site internet OCTAMUS.fr) (PH5)
L’histoire militaire des pays d’Occident est multiple et confuse. Avec le partage de l’empire carolingien en trois parties débutèrent des siècles de combats pour une vaine hégémonie du continent oùles peuples européens gaspillèrent le meilleur de leurs forces dans des luttes fratricides et vaines. Tous les historiens s’accordent à dire que les deux Guerres mondiales du XXe siècle ont définitivement affaibli l’Europe militairement. Qui se souvient encore du traité de Tordesillas où un pape espagnol avait partagé le monde entre l’Espagne et le Portugal ? Leurs bateaux de haute mer avaient convoyé de hardis aventuriers vers les terres nouvellement découvertes, où surtout leurs armes à feu leur avaient ouvert la route et renversé des empires. Un scénario assez semblable se répéta au 19e siècle essentiellement en Afrique avec d’autres acteurs, en l’occurrence la Grande-Bretagne et la France.
Aujourd’hui, cette Europe qui avait dominé le monde en conquérant partout des colonies qu’il avait exploitées et qui avaient largement contribué à sa richesse, réduit à sa partie congrue après 1945, a perdu non seulement ces terres, mais surtout toute véritable influence sur les affaires mondiales. On peut voir un premier signe de ce renversement de vapeur dans la guerre russo-japonaise de 1904-05, perdue sans gloire par la Russie tsariste. Cet affaiblissement s’est confirmé en 1939. En effet, même si à ce moment l’armée allemande avait une énorme force de frappe, son allié italien était plutôt faiblard, et l’armée française complètement dépassée du point de vue stratégique. Quant à la Grande-Bretagne, elle fut sauvée par sa situation insulaire et le secret espoir qu’à ce moment Hitler avait encore, d’en faire un jour son alliée contre l’Union Soviétique. Ainsi, finalement, sans l’intervention des États-Unis, les Européens auraient sans doute été incapables de se défaire des systèmes fasciste et nazi nés sur leurs terres.
Depuis la victoire sur ces dictatures, ils restent tributaires du bouclier américain, même si c’est parfois à leur corps défendant. Exemple pertinent de leur impuissance militaire : Aux manœuvres expansionnistes russes en Ukraine, ils n’ont à opposer que des gesticulations désordonnées et des sanctions de papier. Il en va de même pour l’agressivité turque, biélorusse, etc., qui ne trouve aucune riposte valable en Occident. Enfin, autre exemple encore, les interventions de la France dans ses anciennes colonies, n’ont (c’est le moins qu’on puisse dire) pas été glorieuses.
Mais il y a bien pire. Les États-Unis, devenus la première puissance occidentale, encaissent les défaites et même les déconfitures les unes après les autres. Après des revers peu glorieux en Irak et en Libye (où au moins sur le plan militaire on avait encore obtenu la victoire), la défaite au Vietnam fut aussi bien militaire que morale. Scénario identique maintenant en Afghanistan où les Américains (aidés par un sérieux contingent allemand !) viennent d’être obligés de retirer leurs troupes venues en mission humanitaire, mais où elles sont désormais considérées par une grande partie de la population comme des occupants indésirables. Il est clair que même si ces deux dernières défaites ne furent pas directement militaires puisque les troupes américaines se sont retirées avant la catastrophe finale, elles sont cependant d’autant plus significatives puisqu’elles sont morales. Dans les deux cas, on a honteusement abandonné les gouvernements autochtones avec la mission de se débrouiller seuls, sachant pertinemment qu’ils étaient condamnés d’avance. Fait inquiétant, on constate un crescendo dans la rapidité avec laquelle ces gouvernements furent renversés. Si le Vietnam du Sud a résisté un peu plus de deux ans avant de succomber, le gouvernement afghan a été soufflé en une dizaine de jours. La différence temporelle est significative d’une perte catastrophique de la considération et de la valeur de l’appui moral des Etats-Unis.
Ces deux défaites montrent par ailleurs que le genre des conflits change. Que peuvent des armes nucléaires contre une guérilla si l’on n’est pas prêt à éradiquer toute une population ? Il faudrait donc partiellement repenser la tactique à employer dans des cas pareils, toujours plus nombreux à se présenter. Or, là il semble que les têtes pensantes occidentales ne sont plus assez mobiles pour s’adapter. Encroûté, ankylosé, le vieux continent en reste à la doctrine de Klausewitz ou à des réflexions analogues qui se sont déjà révélées dépassées en 1939. Les Etats-Unis quant à eux, en se retirant des affaires du monde, en abandonnant une politique planétaire globale, font preuve d’une fatigue morale qui prouve leur déclin.
Il semble en général que d’une part, les massacres et les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, d’autre part l’existence d’armes de destruction capables d’anéantir la planète, enfin l’égoïsme fondé sur une aspiration à toujours plus de confort matériel, ont dégoûté définitivement les peuples d’Occident de ce genre de passe-temps et leur ont enlevé tout esprit de combativité. Un signe manifeste de cet état d’esprit : Beaucoup de ces pays ont aboli la conscription pour confier leur défense à des professionnels. Mais comme, malgré une rémunération adéquate, le recrutement de ceux-là laisse souvent à désirer, pour combler les rangs on fait même appel à des étrangers, nationalisés à la hâte. C’est ainsi qu’on en arrive à des armées de mercenaires. Or, l’histoire nous montre que ce genre de combattants sont peu fiables en cas de coup vraiment dur.
Remarquons aussi que lorsqu’il faut débourser de l’argent pour l’entretien de ces troupes et pour l’acquisition d’un matériel adéquat, c’est régulièrement une opposition plus ou moins violente qui se fait jour. Ici, il est intéressant de noter que ce sont surtout les partis de gauche qui poussent des cris d’orfraie et trouvent toutes sortes d’arguments pour prouver l’inutilité de ce genre de dépenses. Pour eux le vieux proverbe romain « Si vis pacem para bellum » n’est plus de mise. J’aimerais cependant bien connaître leur réponse si on leur demandait s’ils étaient alors prêts à se livrer pieds et poings liés et sans le moindre combat à quelque nouveau dictateur ou conquérant étranger. Malheureusement tant que des humains peupleront cette planète naîtront des types agressifs, obsédés de conquérir de nouvelles terres et de dominer toujours davantage d’esclaves soumis à tous leurs caprices.
Finalement, et répétons-le, je crois que cette horreur des affaires militaires est essentiellement d’ordre moral et n’est qu’un aspect particulier d’une réticence à s’engager plus générale et plus profonde. C’est l’expression d’œillères librement choisies et choyées, d’un égoïsme fondamental, d’une mentalité de Sybarite de plus en plus répandue en Occident. On se fiche royalement du « cher prochain » et de ses malheurs, tant que le petit monde personnel reste intact et tourne comme il faut d’après le système du « Tout va très bien, Madame la marquise », chanson en vogue en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale.