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L’Ostracisme de la «CANCEL CULTURE»

crime contre l’intelligence Robert SIMONNET – Yves de FRANCE

Comme le déboulonnage de la statut de Napoléon à Rouen, ou celui réservé à Winston Churchill, ou encore au général Lee, ces absurdités offrent désormais une base de données pour sauvegarder les œuvres annulées par la « cancel culture », qui ne sont que des attaques illibérales contre la liberté d’expression et d’association, mais aussi contre la religion. Il fut un temps où l‘on fustigeait les destructions publiques de livres, comme celles réalisées par le parti nazi qui a brûlé des bibliothèques entières de livres écrits par des juifs. Ces actions étaient considérées comme des outrages à la culture et à l’intelligence. Il en est de même pour les talibans qui ont fait exploser en 2001 deux gigantesques statues qui pendant des siècles ont veillé sur la vallée de Bamiyan. Destructions considérées, aujourd’hui, comme l’un des pires crimes archéologiques de l’histoire. Un jour la «cancel culture» sera considérée comme un des pires crimes de l’histoire contre l’intelligence.


Historiquement, la langue anglais avec les mots dans « cancel culture» décrit le processus au moyen duquel une personne dénoncée publiquement est expulsée (effacée, bannie, ostracisée) des cercles sociaux ou professionnels. La personne serait pour ainsi dire « annulée ». L’emploi du verbe ‘cancel” dans ce contexte remonte à 2015 au moins, et son utilisation se généralise à partir de l’année 2017. Le mot cancel, apparu en Angleterre vers la fin du xive siècle dans le sens d’annuler un écrit, vient de l’ancien français « canceler » signifiant ‘annuler’.


Le concept de « culture de l’annulation » est apparu à la fin des années 2010 pour qualifier la dénonciation publique d’une personne en raison de ses actions ou de ses paroles réelles ou supposées, jugées comme étant socialement ou moralement offensantes ou inacceptables, en particulier dans plusieurs réseaux sociaux.


La manifestation numérique de la culture de la dénonciation (call-out) est représentée par un mouvement comme « Metoo » qui permet aux femmes de partager et de dénoncer leurs expériences de violences et de harcèlements sexuels. Comme substitut à la pratique de la dénonciation en public, une personne ou une entité peut être avertie en privé. L’accusateur parle de vive-voix à l’accusé ou lui envoie un message concernant sa conduite ou son comportement.


Il est frappant de constater que les victimes innocentes de la « cancel culture » ont tendance, à la manière des accusés dans les procès staliniens, à implorer le pardon. Hier comme aujourd’hui, physique ou psychologique, le spectacle de l’humiliation publique poursuit le même objectif : imposer une conformité politique ou idéologique.

La repentance…. Un condamné qui refuse de reconnaître sa faute pose le risque de s’attirer la sympathie de ses congénères. De nos jours, une confession publique est d ‘exiger une acceptation de la faute. Ce dénouement est capital car il valide la vision du monde que les accusateurs cherchent à imposer.


Hannah Arendt avait prévenu dans « Les origines du totalitarisme » : l’isolement et la destruction de tout lien social permet à l’état totalitaire d’imposer sa loi, qui n’est représentée que par le silence des « amis » et la hargne de la foule virtuelle qui bannit la victime aux limites fragiles de sa propre personne. Seule la docilité face à l’accusation semble offrir un répit qui est un piège : l’excuse publique déchaîne la vindicte et permet d’intimider tous les spectateurs. La confiscation de la voix est un outil qui permet d’isoler plus complètement la personne visée. Hannah Arendt expliquait : « le sujet idéal d’un régime totalitaire est celui qui ne fait plus la différence entre la réalité et la fiction. » C’est un monde où toutes les valeurs sont relatives, sauf celles imposées par l’idéologie dominante. La censure imposée à des intervenants dans l’université démontre le pouvoir de la « cancel culture » aux mains d’une petite minorité. Comme le pendu se balançant au bout de sa corde, le nom du « banni » circule en boucle sur les réseaux sociaux. L’arbitraire est l’arme ultime. L’anathème est jeté sans logique apparente. N’importe qui peut « détruire » n’importe qui avec un tweet. On passe d’une personne totalement inconnue (par ex. Mila en France) qui est brocardée et menacée à une personnalité publique qu’on descend de son piédestal pour un infime écart. La lâcheté inhérente à la torture se retrouve dans l’humiliation publique : elle interdit toute défense.


C’est donc sur fond d’une déconstruction « woke » puis de l’effacement « cancel culture » des valeurs traditionnelles et plus particulièrement sur celles fondée par le catholicisme qui structurent la vision morale du monde d’une majorité de Français que l’exigence de respect et la mise en avant de son ego à toutes les sauces sont devenues l’alpha et l’oméga de la morale moderniste. Avec la grande déconstruction des valeurs traditionnelles, c’est notre rapport aux dimensions les plus essentielles de la vie humaine qui a changé totalement au cours du dernier siècle : – changement radical par rapport : à l’art (liquidation de la figuration et de la tonalité). – à l’éducation (le pédago remplaçant le républicain) – à la nature ( l’exploitation des richesses naturelles par le souci de l’environnement) – à la politique ( la vie privée l’emportant sur la vie publique) – à la mort (avec la pandémie, la vie et la santé sont considérées comme supérieures à l’argent et à l’économie.


Van Eecke reprend l’exhortation d’Hannah Arendt dans « L’ humaine condition ». « Le miracle qui sauvera le monde » de ce danger totalitaire est notre liberté : celle qui nous donne le courage de refuser de s’excuser face à une accusation injuste. Celle aussi qui nous interdit de rejoindre la masse qui demande la mort.

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