L’histoire de la gérance des EAP

Denise Guyot et la gérance des EAP  (1927-1995)

  Robert   Simonnet

omplément d’informations concernant l’article de Pierre Roche sur « les centenaires » 

 Les Établissements d’applications psychotechniques (EAP), une entreprise psychotechnique

Depuis le XVIIIe siècle, l’homme a assisté à plusieurs révolutions industrielles                    
– la première étant celle du charbon et les moyens de transport,
– la deuxième, celle de l’électricité,
– la troisième celle d’internet avec la 5G., qui ont pu prendre naissance par suite de ses compétences acquises tout au long des siècles et la qualité de son intelligence qu’il a développée depuis la période helléniste. s’appuyant sur certaines données intellectuelles suivantes ;
 

  Lire ou écouter pour connaître  et avoir conscience de la chose acquise. 

– Connaître pour comprendre  apprendre à saisir le sens.

  Comprendre pour savoir et  en être pleinement conscient.

– Savoir pour concentrer son intelligence pour entreprendre, par exemple une fonction de  « gérant »


Première gérance : Gaston Guyot  1927 – 1943

Technologie  en cours à cette époque : mécanique puis électromécanique

Deuxième gérance ; Denise Guyot  1945 – 1973

Technologie en cours; électromécanique puis électronique

Troisième gérance : Robert Simonnet 1973 – 1995

Technologie à cette époque  ; électronique puis informatique

Puisqu’une notre civilisation, «grèco  latine»,  est représentative des caractéristiques d’une société dite évoluée, les traits qui la caractérisent sont d’originetechnique, intelectuel et poitique, d’où sont exclus les jugements de valeur et la culture. Cette  somme de connaissances élève l’homme moralement et intellectuellement. A cette civilisation «grèco latine» s’ajoute une culture « judéo-chrétienne » par laquelle l’homme s’élève moralement  à travers la somme de connaissances acquises.

                                           Première gérance 

Gaston  Guyot  1927 – 1943

  En 1925, la Compagnie Générale des Omnibus, la S.T.C.R.P. qui deviendra la R.A.T.P. au début du vingtième siècle, sollicite le psychologue, J.-M. Lahy (1), pour créer un Centre d’examens psychotechniques afin de réduire le nombre accidents des conducteurs et machinistes. Celui-ci  demanda alors que soit mis à sa disposition un ingénieur.
Gaston Guyot fut  désigné pour la mise au point des dispositifs d’examens, ainsi que la création et la fabrication des instruments et des tests.
Quelques années plus tard, en 1927, Les accidents ont été réduits de plus de 50 % alors que nombre d’autobus avait doublé.
La R.A.T.P. invite, Gaston Guyot  et J.M. Lahy, à créer leur entreprise privée qui deviendra les EAP, afin de répondre aux demandes  des futurs acheteurs  des  appareils de psychologie qui deviendront  la «batterie de sécurité des tests de LAHY»


1 —– Voir au sujet de Lahy, « Les travaux de Marcel Turbiaux, J.-M.Lahy (1872-1943) essai de bio-bibliographie », Bulletin de psychologie,tome 36, n°362, 1983, p. 969-983, « J.-M.Lahy (1872-1943) et l’orientation professionnelle », Bulletin de psychologie, 2006/2, n°482, p.217-235, ainsi que Les archives de Jean-Maurice Lahy (1872-1943) à Sainte-Anne, Toulouse, Ed. Octares, 2020. n°1 – 2021 de l’association ou en participant jusqu’en 2014 à une quarantaine de congrès de l’association.

Dès 1932, à l’incitation de son père Gaston Guyot, devenu gérant des EAP  par son diplôme d’ingénieur, sa fille Denise Guyot (1914-2016),  encore adolescente, participa  aux activités des Établissements d’Applications Psychotechniques, entreprise de fabrication et de vente d’appareils psychotechniques. Gaston Guyot (1879 – 1943) entré à l’École Nationale des Arts et Métiers en 1896 en sort en 1899 avec le titre d’ingénieur. Après avoir dirigé une Usine de Céramique, il entra à la S.T.C.R.

Denise Guyot est née dans l’année où débuta la Première Guerre Mondiale, le 28 mai à Boulogne-sur-Seine, elle décède le 7 février 2016. Le milieu familial, dans lequel naîtront, après elle, quatre frères et sœurs, avait une forte tradition enseignante.

  Scolarisée à l’école publique, le jeudi, Denise suivait des cours de cuisine que  son père lui demandait ensuite de mettre en pratique à la maison. Une anecdote en dit long sur le courant d’idées auquel on peut la rattacher. 

Encore toute jeune, elle disait avoir souvent été sujet d’examen pour les chercheurs en psychologie de l’enfant car la plupart ne disposaient pas de sujets susceptibles de participer à leurs recherches.
Elle racontait, à ce propos, qu’elle serrait fort la main de son père lorsqu’elle devait traverser l’hôpital Sainte Anne pour passer des tests et qu’elle était confrontée aux malades circulant dans les allées. Aussi est-elle par exemple en 1927 une des premières à passer le test papier-crayon de barrage d’Édouard Toulouse (1865-1947) et Henri Piéron. Comme son frère et ses sœurs, elle suit des études classiques jusqu’au baccalauréat.
Denise raconta aussi qu’elle avait acquis assez tôt des notions techniques et qu’elle savait réparer un appareil en panne. Elle avait une « tendance à choisir le côté technique des choses ». Aussi a-t-elle regretté qu’en tant que femme elle n’ait pas pu se diriger vers cette voie.

  Elle exerça aussi ses activités au laboratoire de psychologie de J.-M. Lahy à l’Hôpital Henri-Rousselle jusqu’en 1940. Ses travaux vont entre-autres porter sur l’étude de la mémoire avec lédition du test le mémoire ES, et de l’attention concentrée avec le test BATP, ainsi qu’un test de l’appréciation suggestive du temps.

Très liée au mouvement d’orientation professionnelle, elle assiste au congrès de l’AGOF en 1935 ainsi qu’à l’Exposition universelle de Paris en 1937. Elle va jouer un grand rôle à l’AGOF-ACOF par son soutien financier et en récupérant les archives.

En 1940 elle entre dans la Résistance. En province et à Paris elle participe aux activités d’un réseau de renseignements. Une attestation délivrée en 1950 reconnaîtra qu’elle a appartenu en qualité d’agent P1 au réseau ALI TIR des Forces Françaises Combattantes du 1er mars au 31 mars 1943.

Recherchée en zone non-occupée, elle revient à Paris en 1942 et retrouve son poste au laboratoire H. Rousselle avec René Zazzo et s’investit entièrement aux EAP. 

L’année suivante, en 1943 elle figure sur le registre d’inscription de l’INETOP en tant qu’assistante au laboratoire de psychologie « Henry Rousselle » ». Elle suit les cours et sort diplômée en 1945 avec la mention bien. 

Durant ses études, elle succède, dans des conditions très difficiles à son père décédé brutalement le 14 juillet 1943, ainsi qu’à J.M. LAHY, décédé la même année.

Deuxième gérance 

Denise  Guyot  1945 – 1973


  Les deux actionnaires étant décédés, la Société EAP est dissoute dès 1944. En 1945, Denise Guyot, seule, décide de reprendre en charge, la création d’une nouvelle société qui conservera le même nom EAP. Son frère deviendra actionnaire .

  Les EAP se trouvent alors dans une situation commerciale et juridique difficile. Durant un temps la société se trouve dirigée par Denise et son frère Robert, ingénieur comme son père. En 1946, ils sont tous deux directeurs. Denise va ensuite, progressivement faire prévaloir son expérience de gérante associée avec son père et de proche collaboratrice, sur les compétences techniques de son frère, et prendre seule la direction d’une société qui sort progressivement de sa phase artisanale.

 Elle met au point dès 1947 la «batterie  de  sécurité  du professeur Raymond BONNARDEL qui a fait l’objet d’une étude scientifique importante et doit remplacer la batterie de sécurité de J.M. Lahy qui , même si elle n’a pas déméritée, ne répond plus aux normes scientifiques de l’époque. 

  Les EAP fournissent universités, ministères, services publics, sociétés de transport, mines et industries dans plus de vingt pays dès 1960. De 1950 à 1980 la diffusion des tests papier-crayon est massive et des centaines de milliers de jeunes et probablement des millions prennent ainsi contact avec la psychologie. En 1971, près du quart de la population française a déjà passé des tests.
Dès 1953 elle diffuse le test de  BRUNET et LEZINE (BL), sur le développement psychomoteur de l’enfant , puis entre 1955 et 1960 le test de rapidité et du coup d’œil de Pierre GOGUELIN  (RPCG), ainsi que son test psychomoteur tridimensionnel (TDG)

Elle diffuse la psychologie française, au niveau international  avec l’ingénieur, futur psychologue après ses études aux CNAM, Robert SIMONNET dont les conceptions et les techniques s’intègrent à celles de Raymond BONNARDEL, puis celles de Jacques BREMOND.

Elle anime avec Robert SIMONNET, devenu son mari,  le stand des EAP aux expositions françaises de Moscou en 1960, Mexico en 1963, Moscou 1965, Djakarta 1977, Le Caire 1982. Durant ces années ses activités internationales restent très soutenues. Elle se déplace dans treize pays européens, parfois visités à plusieurs reprises (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse, URSS, Yougoslavie) ; deux pays africains (Cameroun, Égypte) ; huit pays asiatiques (Cambodge, Inde, Indonésie, Israël, Japon, Liban, Syrie, Viet-Nam) ; deux pays américains (Canada, Mexique). Elle crée des filiales en Belgique, Espagne et au Portugal et désigne des agents exclusifs en Italie et en Grèce.

Durand sa gérance, elle est à l’origine de trois créations de succursales des EAP à l’étranger qui sont , dans l’ordre de leurs créations: la Belgique (Bruxelles) directeur-gérant Régine et Francis VAN-DAM, l’Espagne (Madrid) directeur-gérant Aurore MURGA, le Portugal (Lisbonne) directeur-gérant Manuel  et Isabelle CASTELLA. 

Elle dirigera les EAP jusqu’à sa retraite en 1973 et Robert SIMONNET lui succédera.
Elle fut faite Chevalier dans l’Ordre national du mérite en 1980 au congrès de l’ACOF. En 2004, elle fut sollicitée et invitée à décrire son parcours personnel et professionnel comme objet d’histoire lors d’une séance du séminaire du GREO, qui fut à l’origine de la publication , quelques années plus tard, de cette première histoire d’une entreprise de fabrication et de diffusion de tests de psychométrie.

Troisième gérance 

Robert   Simonnet 1973 – 1995

  En 1973, Robert Simonnet, ingénieur ESTACA (École Supérieure de Techniques Automobile et de Construction Aéronautique) et Psychotechnicien (CNAM) succède à Denise Guyot, sa femme,  comme gérant des EAP

  Trois évènements importants jalonneront cette période, le premier (1975) consistera en la création dans l’entreprise d’une « imprimerie intégrée » avec l’embauche d’une personnes pour la composition des livres, le deuxième (1979) en la création d’un département  informatique, le troisième (1982) en la mise en place d’un système informatique de correction des tests.

En 1979, le nouvel appareil entièrement électronique « POLYREACTIOGRAPHE » (PRG) de Robert SIMONNET regroupant tous les programmes des tests de réactions psychomotrices, révolutionne l’ancien système «électromécanique» et en 1985 la batterie de tests  «PSYCHO-INFORMATIQUE» de Robert SIMONNET, qui utilise déjà à cette époque, sans en avoir conscience, ce qui deviendra une dizaine d‘années plus tard «l’intelligence artificielle», exploitant cette nouvelle technologie.

En 1995 l’entreprise des EAP est vendue.

  Le 7 juin 2004, avec Robert SIMONNET, Denise SIMONNET-GUYOT intervient dans le cadre du GREO pour narrer  l’Histoire des Établissements d’Applications Psychotechniques (1927-1995).  Psychologue et ingénieur racontent l’histoire de la production et de l’utilisation des tests en France au début du vingtième siècle. Le 9 juillet 2008 à l’INETOP, GREO, ACOF, Robert et Denise ont reçu de nombreux collègues pour signer l’ouvrage « Un siècle de psychométrie et de psychologie. Établissements d’applications psychotechniques » sous la présidence d’Anne LANCRY-HOESTLANDT Directrice de l’INETOP.

En 2014, Denise avait organisé pour ses cent ans, le 28 mai, une réception  à l’INETOP à l’invitation du GREO et de l’ACOP ».

 Deux livres à acquérir et à lire : 

Un siècle de psychométrie et de psychologie. Établissements d’applications psychotechniques (EAP), préface de Marcel TURBIAUX, Paris, L’Harmattan, 2008

La Psychométrie. Évaluation et pronostic par les tests de psychométrie, Paris, L’Harmattan, 2016